Les maladies hépatiques figurent parmi les rares grandes maladies non transmissibles (MNT) qui continuent de progresser dans la Région européenne de l’OMS, et leur charge est alarmante. Elles sont responsables d’environ 780 décès par jour et représentent un coût considérable, qui avoisine 55 milliards d’euros par an pour les systèmes de santé. Pour faire face à ce défi, l’OMS, l’Imperial College London et l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL) ont créé au Royaume-Uni le premier centre collaborateur de l’OMS consacré aux maladies hépatiques.
« Presque toutes les autres grandes causes de mortalité dans la Région européenne, notamment les maladies cardiaques et la plupart des cancers, connaissent une évolution favorable. Les maladies hépatiques, quant à elles, suivent la tendance inverse. Cette évolution devrait nous inquiéter bien davantage. La cirrhose et le cancer du foie représentent environ 3 % de l’ensemble des décès dans cette Région. Or, leurs principaux facteurs de risque, à savoir la consommation d’alcool, une mauvaise alimentation et les hépatites virales, comptent parmi ceux qu’il est le plus possible de prévenir », a déclaré le docteur Hans Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe.
Le nouveau Centre collaborateur de l’OMS pour la maladie hépatique stéatosique fournira les infrastructures nécessaires pour transformer ces connaissances en mesures stratégiques. Il s’agit du premier centre collaborateur de l’OMS désigné en partenariat avec une association médicale. Fort du vaste réseau clinique et scientifique de l’EASL, le centre constituera un mécanisme essentiel pour traduire les données probantes en santé et les engagements mondiaux en mesures concrètes à l’échelle nationale.
Une lourde menace pour la vie encore trop souvent sous-estimée
Souvent asymptomatique, la maladie hépatique stéatosique (SLD), anciennement appelée « maladie du foie gras », peut passer inaperçue jusqu’à un stade avancé et évoluer alors vers une cirrhose ou un cancer du foie.
Elle peut apparaître lorsqu’un excès de graisse s’accumule dans les cellules hépatiques. Le foie métabolise normalement les graisses et les sucres apportés par l’alimentation. Toutefois, lorsque les apports énergétiques dépassent les besoins de l’organisme, notamment dans un contexte d’alimentation déséquilibrée, d’excès de poids ou de consommation d’alcool, l’excédent s’accumule dans le foie sous forme de graisse, ce qui altère progressivement son fonctionnement.
La consommation d’alcool et une mauvaise alimentation sont les principaux facteurs qui favorisent ce type de maladie hépatique. Selon les données disponibles, agir sur ces facteurs de risque permettrait d’éviter près de la moitié des décès liés aux maladies hépatiques.
Des politiques pour des environnements favorables à la santé
Malgré les possibilités de prévention, les environnements dans lesquels vivent les populations de la Région européenne de l’OMS continuent de favoriser ces facteurs de risque. Les aliments hautement transformés, les boissons alcoolisées sucrées et les stratégies de marketing élaborées rendent les choix préjudiciables à la santé plus faciles et plus accessibles, en particulier pour les jeunes. Partout dans la Région, les hépatologues constatent ainsi une augmentation du nombre de patients atteints d’une maladie hépatique à un stade avancé qui aurait pu être évitée.
Face à l’ampleur du problème, la Soixante-dix-neuvième Assemblée mondiale de la santé a adopté en mai 2026 la première résolution de l’OMS reconnaissant officiellement la maladie hépatique stéatosique comme une maladie non transmissible et appelant les pays à l’intégrer dans leurs stratégies nationales de santé, ainsi qu’à renforcer la prévention, la surveillance et la prise en charge.
La résolution de l’OMS repose sur un vaste corpus de données cliniques issues du rapport publié en avril 2026 par la deuxième Commission EASL-Lancet. Cette initiative pluridisciplinaire vise à réduire la charge des maladies hépatiques à l’échelle mondiale, notamment celle de la maladie hépatique stéatosique, grâce à des politiques fondées sur des données probantes.
Les mesures préconisées comprennent notamment :
- la limitation de la commercialisation des aliments riches en graisses, en sel et en sucre, ainsi que des boissons alcoolisées ;
- l’obligation de reformuler les produits alimentaires transformés afin d’en réduire la teneur en sucre, en sel et en graisses saturées ;
- l’adoption de mesures fiscales, notamment de taxes, pour réduire la consommation d’aliments ultratransformés et d’alcool ;
- des politiques visant à réduire la consommation et la disponibilité de l’alcool.
Toutefois, les résolutions et les commissions scientifiques ne suffisent pas, à elles seules, à améliorer les résultats en matière de santé. Le passage des engagements politiques à l’action concrète exige une expertise technique, des données probantes, un accompagnement à la mise en œuvre et une collaboration durable.
« Les maladies hépatiques ne sont plus une affection silencieuse : elles constituent un échec de santé publique de plus en plus manifeste, alors que nous disposons des moyens de les prévenir. Ce ne sont pas les données probantes qui manquent, mais l’action », a déclaré Debbie Shawcross, professeure au King’s College London et secrétaire générale de l’EASL.
Se doter des moyens nécessaires pour progresser
Le Centre collaborateur de l’OMS pour la maladie hépatique stéatosique contribuera à intégrer la santé hépatique dans les stratégies plus larges de lutte contre les MNT, afin qu’elle ne soit plus traitée comme une problématique clinique isolée. En aidant les pays à agir sur des facteurs de risque communs, tels que l’usage nocif de l’alcool, une mauvaise alimentation, l’obésité et les troubles métaboliques, le centre pourra favoriser des approches de prévention plus intégrées et plus efficaces.
« Dans la Région européenne, les maladies hépatiques font peser une charge alarmante sur les systèmes de santé. Au Royaume-Uni, par exemple, la maladie hépatique stéatosique représente environ 1 hospitalisation sur 20. Un plan de travail de 4 ans peut paraître modeste au regard de l’ampleur du problème. Mais, pour la première fois, nous disposons du cadre nécessaire pour progresser durablement dans la lutte contre cette maladie », a déclaré la professeure Pinelopi Manousou, codirectrice du centre collaborateur.
Au cours des 4 prochaines années, le centre aidera les pays à renforcer leur action face à la maladie hépatique stéatosique grâce à la production de données probantes, à l’élaboration de politiques, à la formulation de recommandations techniques et au développement des capacités. Ses travaux comprendront une évaluation de la maladie hépatique stéatosique dans l’ensemble de la Région européenne, l’élaboration de rapports sur les politiques fondés sur des données probantes et couvrant les principales formes de la maladie, ainsi que la création d’outils de prévention, de supports de formation et d’orientations pour la mise en œuvre afin d’aider les pays à renforcer leurs programmes nationaux.
Le professeur Mark Thursz, codirecteur du centre collaborateur, a résumé l’importance de cette initiative en ces termes : « Le lancement du centre collaborateur marque un tournant important dans la lutte mondiale contre les maladies hépatiques : il ne s’agit plus seulement de reconnaître le problème, mais de mettre en place les systèmes, les partenariats et les politiques nécessaires pour agir. »

